La fin d'une légende
Somaly Mam, l’activiste mythomane

Somaly Mam.
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STUART RAMSON/AP/SIPA
Somaly Mam, figure de proue de la lutte contre l'esclavage sexuel en Asie du Sud-Est, a démissionné de sa propre fondation alors que les preuves s’accumulent contre la véracité de son histoire, ainsi que celle de certaines de ses rescapées…

Somaly Mam et Michelle Obama au gala annuel du Time en 2009.
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MCMULLAN CO/SIPA
«Alors que nous sommes extrêmement attristés par ces nouvelles, nous restons reconnaissants pour le travail de Somaly au cours des deux dernières décennies», précise le document. Sa fondation «a aidé des milliers de femmes et de filles, et a fait prendre conscience au monde des près de 21 millions de personnes qui sont esclaves aujourd'hui», poursuit la directrice Gina Reiss-Wilchins. L’association revendique près de 100 000 femmes secourues au Cambodge, Laos et Vietnam depuis 1997. «Malgré notre déception sincère, le travail de la Fondation et ses partenaires de la subvention doit et va continuer», assure-t-elle.
Rescapée de l’esclavage sexuel

avec Susan Sarandon à un gala organisé par la Somaly Mam Foundation.
Sylvain Gaboury/AP/SIPA
En 1991, elle rencontre Pierre Legros, un jeune biologiste Français de Phnom Penh qui deviendra son mari. Le couple s’installe en France, où elle trouve un emploi de femme de ménage. Mais en 1994, elle retourne au Cambodge – avec son époux. Elle travaille pour Médecins sans frontières, où elle s’occupe de personnes souffrant de maladies sexuellement transmissibles. A cette époque, le pays, à cause du trafic sexuel, a le plus fort taux de malades du Sida dans la région Asie-Pacifique. C’est alors – en 1997 – qu’elle décide de se consacrer aux victimes de violences sexuelles, et fonde, avec son époux, l'association AFESIP (Agir pour les femmes en situation précaire). Depuis, la petite ONG française qui œuvre à la réhabilitation des victimes de trafic humain à des fins d’exploitation sexuelle, a bien grandi. Elle est présente en Thaïlande, au Vietnam, au Laos et en Suisse.
Une histoire montée de toutes pièces

avec la reine Sofia d’Espagne (lors d’une visite au Cambodge en 2008.
BALLESTEROS/EFE/SIPA
«Elle a sauvé de nombreuses fille au Cambodge. Est-ce que cela compte si une partie de son histoire est fausse?» C’est sous cet angle que «Newsweek» a choisi d’aborder la question, qui fait des vagues depuis que la presse cambodgienne a ébranlé le «mythe Somaly Mam». En effet, des journalistes ont interrogé des habitants de la commune où a grandi l’activiste, des professeurs ou encore des responsables locaux. Problème: tous semblent remettre en cause sa version des faits. Un ancien chef du village dit parfaitement se souvenir du jour où Somaly est arrivée avec ses parents ; et personne ne voit qui est le mystérieux «grand-père» dont elle parle, pas plus que le «riche marchand chinois», ni le «soldat violent»… En outre, le «Cambodia Daily» a jeté un pavé dans la mare, en octobre dernier, en affirmant que l’histoire de deux jeunes filles prétendument sauvées des griffes de pervers sexuels par Somaly Mam avait elle aussi été montée de toutes pièces.
Sa fille victime de ses mensonges

avec son ami le journaliste Nicholas Kristof.
BEHAR ANTHONY/SIPAUSA/SIPA
Même l’ex-mari de Somaly, Pierre Legros (ils ont divorcé en 2004), s’est exprimé pour confirmer au moins un mensonge : los d’une entretien accordé à Reuters, il a assuré que leur fille n’avait pas été enlevée ni abusée à 14 ans en représailles au travail de sa mère, comme elle l’avait raconté dans son livre. Pour l’heure, l’intéressée ne s’est pas publiquement exprimée.
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